Adrian Frutiger

Dés mon apprentissage comme typographe, la capacité de rendre le monde de l’esprit par simple combinaison d’un nombre restreint de caractères en plomb me fascina. Ma passion pour la lettre et pour la lisibilité était née. Au plomb succéda bien vite la lumière. Les lettres ne furent plus imprimées par pression dans le papier, mais posées sur un film par un rayon lumineux. On me confia la tâche d’adapter les oeuvres des grands maîtres du relief à cette nouvelle technique « à plat » et ce fut la meilleure des écoles.

Arrivé au style « Antiques » (sanserifs), je pus â mon tour réaliser ma propre conception. La technique évolua rapidement. A la photoméchanique succéda le tube cathodique avec ses contours en escalier, puis en vecteurs, durcissant les formes. Ce fut pour moi une traversée du désert jusqu’à l’apparition des contours par segments et du rayon laser me permettant de retrouver le tracé subtil de la main.
Ainsi, tout au long de ma vie professionelle, je fus conduit à comprendre que la beauté, la lisibilité et, dans une certaine mesure, la banalité sont des notions très proches: la bonne lettre est celle qui s’efface devant le lecteur pour devenir pur véhicule entre l’esprit de l’écrit et la compréhension de la chose lue.